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Les investissements durables et responsables sont de toutes les conversations. Ces dernières, nombreuses voire répétitives, véhiculent de temps à autre insidieusement un ton moralisateur et impératif qui peut, tout à coup, alors que vous êtes plutôt un adepte du tri, que vous ne fumez pas, n’avez pas de baignoire et conduisez une voiture hybride, vous donner envie de fumer, de prendre un bain dans une baignoire remplie à ras bord ou pire encore, de mélanger le verre et le plastique dans votre poubelle de déchets verts !

Attention chantier !

Beaucoup de sociétés de gestion mettent en avant qu’elles ne découvrent pas seulement maintenant les investissement durables et responsables mais qu’elles ont de l’expérience dans le domaine. Est-ce si important alors que les objectifs de développement durable (ODD) ont été définis par les Nations Unis en 2015, la même année que la COP 21, très volontariste en matière de réduction d’empreinte carbone ?

Si mesurer concrètement et publier des données sur les modes de fonctionnement durable des entreprises, est encore loin d’être évident, les initiatives de reporting se mettent en place. Le bilan carbone qui permet de comptabiliser les émissions, directes ou indirectes, de gaz à effet de serre d’une entreprise est un des plus avancé. Il est d’ailleurs de plus en plus utilisé par les entreprises. En revanche, le reporting reste une gageure pour matérialiser la notion d’économie circulaire qui renvoie à un modèle économique plus durable en limitant la consommation et le gaspillage des ressources (eau, énergie, matières premières) tout autant que la production de déchets. Elle se concrétise à travers la création de boucles vertueuses dans lesquelles matières et énergie sont continuellement réinjectées. Et ce n’est que depuis cette année que, pour la première fois en France, les entreprises de plus de 250 salariés ont l’obligation de publier un index, basé sur 5 critères, qui mesure leurs démarches pour établir l’égalité entre femmes et hommes au sein de leurs équipes. Quant aux agences de notations, spécialistes dans l’analyse des données extra-financières, elles ne sont pas toujours d’accord quand il s’agit de donner une note à une entreprise. Ce qui peut laisser perplexe voire circonspect sur leur efficacité et la confiance qui peut leur être accordée. Cette divergence de vue a aussi un côté rassurant : il n’y a pas de dogme. Pourvu que ça dure. Ainsi, qu’elles soient plus ou moins expérimentées dans le domaine d’investissements durables et responsables, les sociétés de gestion transforment leurs pratiques qui gagnent en profondeur.

Pas de perfection mais de l’action

Le chemin reste sinueux, et certains virages doivent être pris avec précaution. Il y a des passages boueux tel que le greenwashing, à éviter autant que possible d’autant qu’il peut entacher la crédibilité de tous les protagonistes. Mais aussi de jolis paysages, consistant en des avancées concrètes parce que le volontarisme paye. A l’occasion de la COP 25 le mois dernier, pas moins de 631 investisseurs mondiaux, totalisant 37 000 milliards de dollars d’actifs sous gestion, ont signé une lettre commune visant à interpeller les États sur leurs engagements climatiques. Il s’agit de l’une des plus grandes alliances d’acteurs financiers recensée à ce jour pour sensibiliser au réchauffement climatique. Ils recommandent aux États l’adoption du dispositif de reporting sur le climat de la Task-force on Climate-related Disclosures (TCFD) (source : Novethic.fr article publié le 09/12/2019). Les entreprises elles-mêmes progressent. Ainsi, dans le cadre de l’Initiative Science Based Targets (iSBT) lancée en 2015 par CDP (Carbon Disclosure Project), le WWF, WRI et les Nations-Unies, 285 entreprises se sont fixées des objectifs de réduction de leurs émissions de gaz à effet de serre afin de s’aligner sur les recommandations du GIEC. Ensemble, ces 285 groupes émettent chaque année 752 millions de tonnes équivalent CO2 soit plus que les émissions annuelles cumulées de la France et de l’Espagne. Une baisse de leurs émissions de 35% équivaudrait ainsi à fermer 68 centrales à charbon (source : Les Echos du 6/12/19).

La sinuosité du chemin doit d’ailleurs systématiquement être mise en avant car le client final ne s’y trompe pas. Il regarde ce que contient un portefeuille durable et s’interroge souvent sur ce qu’il y voit. Rien de plus normal. Il faut faire preuve de pédagogie et prendre le temps d’expliquer que finance durable ne veut pas dire entreprises parfaites. Rien n’est toujours tout blanc ou tout noir. Et certes, voir Amazon dans le portefeuille d’un fonds dont la thématique est la transition énergétique ne va pas de soi. Pourtant, Amazon souhaite atteindre les objectifs fixés par les accords de Paris sur le climat avec 10 ans d’avance (soit en 2040) en commençant par la promesse d’un fonctionnement à 100% aux énergies renouvelables d’ici 2030 avant d’atteindre la neutralité carbone pour 2040. Concrètement il s’agit là d’un investissement de 440 millions de dollars pour s’équiper de 100.000 véhicules électriques permettant d’éviter la diffusion de 4 millions de tonnes de gaz carboné. Pour Danone, même questionnement possible. Cette entreprise vend de l’eau dans des bouteilles en plastique. C’est incontestable mais Danone ne peut pas se résumer à ces bouteilles d’eau Evian ou Volvic, et à travers son PDG emblématique Emmanuel Faber, la société peut se targuer de solides résultats en matière de RSE (Responsabilité Sociale des Entreprises). Ainsi, elle compte atteindre la neutralité Carbone d’ici 2050 et a déjà réduit son empreinte Carbone de 15.6% en ayant recours à l’énergie renouvelable dans 34% de ses usines ; elle est également parvenue à réduire la consommation d’eau de ses sites de 50% (source : usinenouvelle.com article publié le 14/11/19 à 9h00). Donc bien sûr les thèses d’investissement d’Amazon et de Danone sont moins évidentes que celle du spécialiste de l’éolien Vestas, mais même l’éolien, ce mode de production électrique non carboné ne fait pas l’unanimité. Gardons à l’esprit, que chaque société a son côté sombre, surtout les plus grandes. C’est pourquoi l’investissement ESG, durable, responsable, à impact, ou tout autre appellation susceptible de mettre en avant le fait que des objectifs positifs sont fixés, comporte un côté « frustrant » car, comme nous tous, il doit faire face à ses contradictions et est bourré de déséquilibres. Mais cela ne doit pas décourager et surtout ne pas occulter le fait que des résultats visibles et pertinents sont à la clé.

La problématique du changement climatique est (facilement) transposable en termes d’investissements concrets, comme le démontre les exemples ci-dessus. Il s’agit de rechercher des entreprises qui s’engagent dans une transition vers une économie bas carbone ou qui concourent à trouver des solutions pour baisser les émissions de gaz à effet de serre. Quelques Objectifs de Développement Durable (ODD) définis par les Nations Unis sont concrètement visés :

1- Mesures relatives à la lutte contre le changement climatique,

2- Energies propres et d’un coût abordable,

3- Industrie, innovation et infrastructure.

De même, la problématique de l’épuisement des ressources peut être prise à bras-le-corps par des entreprises qui se fixent des objectifs d’économie et de réutilisations des ressources. Les fonds thématique « Eau » répondent ainsi aux ODD Eau propre et Consommation et production responsables. Cependant, tous les ODD ne sont pas aussi aisés à cibler au travers des pratiques des entreprises ; ainsi, pour certains ODD, l’impact des sociétés sera moins clair voire moins légitime. Attention donc aux contorsions de certaines sociétés de gestion pour essayer de les accrocher à leur tableau de chasse !

Restons terre à terre

Enfin promouvoir l’investissement responsable (IR) en assurant que la surperformance sera au rendez-vous est un pari risqué qui pourrait décevoir les investisseurs si cette promesse n’était pas tenue. D’autant que le style « croissance », style qui correspond le plus à l’univers IR a connu un très beau parcours ces dernières années, aidé, entre autres, par la baisse des taux des banques centrales, Réserve fédérale américaine en tête. Le style « value » n’a pas eu beaucoup l’occasion de briller. Un retournement de cycle, une hausse des taux pourraient impacter, au moins de façon momentanée, le très beau parcours des valeurs de croissance. Un coup d’œil à l’allocation sectorielle et les biais de certains fonds durables sont flagrants : beaucoup de services aux collectivités, très dépendants des réglementations publiques, beaucoup d’industrie voire de matériaux, secteurs sensibles au cycle économique, et également beaucoup de technologie. Ces biais s’expliquent : c’est dans le secteur des services aux collectivités que l’on trouve les entreprises spécialisées dans les services de gestion du cycle de l’eau ou du retraitement des déchets. Le secteur industriel regroupe les entreprises spécialistes de l’automatisation industrielle, de la robotique, des infrastructures. Celui des matériaux rassemble entre autres les entreprises qui inventent les matières premières de demain, isolantes, peu gourmandes en énergie. La technologie ? Ce sont les logiciels qui aident l’ensemble des secteurs à innover, tester, implémenter. Et compte tenu de l’ampleur des défis, les investissements devront être massifs et seules les entreprises bien positionnées en bénéficieront. Cycliques ou moins cycliques, les entreprises qui possèdent des avantages compétitifs et des fondamentaux solides auront le vent dans le dos malgré la volatilité qui ne manquera pas de refaire surface.

Changements positifs en vue

Oui, la finance durable est le dernier sujet à la mode. Oui, beaucoup de sociétés de gestion souhaitent se poser en précurseur, devenir incontournable dans le domaine ou en faire leur marque de fabrique de façon impétueuse. Oui, les agences de notation extra-financières, les constructeurs d’indices, les labels, les chartes occupent le terrain sans forcément aider à aplanir la complexité du sujet. Oui, les imperfections sont patentes.

Mais de quoi se plaint-on ? Cette étape est certes désordonnée mais enthousiasmante et surtout, elle est structurante. Les sociétés de gestion s’emparent du sujet pour le long terme et leur rôle est loin d’être anecdotique. Leur engagement est primordial tant au niveau de la définition d’un processus d’investissement extra-financier solide que dans leur capacité à obtenir l’adhésion et la confiance des investisseurs finaux en leur démontrant qu’il est possible de faire fructifier leur épargne tout en adoptant un comportement durable. Dans ce contexte, participer à cette nouvelle dynamique, en devenir acteur, est réjouissant !

Fanny Nosetti, Head of Multi-Management

Originaire du Sud de la France, Fanny travaille depuis 1997 au Luxembourg. Après une première expérience au sein d'une banque française de la place, c'est en 2000 qu'elle rejoint la Banque de Luxembourg.

Dès lors, elle se spécialise dans l'analyse de fonds et la gestion de fonds de fonds. Responsable de l'équipe multigestion au sein de la société de gestion, elle est titulaire d'un DESS d'économie de l'entreprise effectué à Nancy. Tout en étant rattachée à la Faculté d'Économie Appliquée d'Aix Marseille III en France, Fanny a obtenu une maîtrise de l'Université de MC Gill à Montréal, Canada.

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